Sortir un album en étant intermittent : le montage cachets + droits
Une sortie d’album n’est pas un seul cachet, c’est six chantiers qui peuvent chacun en créer : répétitions, studio, clip, résidence, release party, tournée. Chaque cachet salarié et déclaré vaut 12 heures pour l’annexe 10, un seul par jour. Ensuite viennent les droits : distribution, SCPP ou SPPF, Adami ou Spedidam, Sacem. Bien monté, un album nourrit ton statut et ton catalogue.
La plupart des intermittents que j’accompagne voient leur album comme une dépense. Un trou dans le budget, des mois sans dates, un pari. C’est vrai si tu le montes mal. Bien monté, c’est l’inverse : une saison de cachets déclarés, puis des droits qui tombent pendant des années.
Je suis Tarik Hamiche, producteur indépendant et fondateur de Muzisecur. Dans l’article sur qui paie ton cachet, on a réglé la question de l’employeur. Ici, je te donne le montage complet d’une sortie, étape par étape : qui t’emploie, ce que ça pèse dans ton compteur, et quels droits arrivent ensuite.
En un coup d’œil
| Étape de la sortie | Qui t’emploie en général | Compte pour les 507 h ? |
|---|---|---|
| Répétitions | Ta structure ou le producteur du spectacle | Oui, 12 h par cachet |
| Séances studio | Ta structure de production (CCNEP) | Oui, 12 h par cachet |
| Tournage du clip | Le producteur du clip, souvent ta structure | Oui si tu es salarié |
| Résidence | Ta structure ou le lieu coproducteur | Oui si salariée |
| Release party | Ta structure productrice du spectacle, ou l’organisateur (GUSO) | Oui |
| Tournée | Producteur du spectacle ou organisateurs | Oui |
| Droits après la sortie | SCPP/SPPF, Adami/Spedidam, Sacem | Non, ce ne sont pas des salaires |
Une sortie d’album, c’est six chantiers qui créent des cachets
Le réflexe le plus coûteux, c’est de penser l’album uniquement comme « le studio ». En réalité, une sortie professionnelle mobilise du travail artistique bien avant et bien après.
La règle de base ne change pas d’une étape à l’autre : tout travail d’artiste rémunéré est un salaire, versé par un employeur qui te déclare. Le CNM le rappelle pour la scène comme pour le disque : l’interprète est présumé salarié de la structure productrice. Ce qui change, c’est qui est l’employeur à chaque étape. Si tu as besoin de revoir les bases du statut, le guide complet de l’intermittent du spectacle est le point de départ.
Et une règle validée sur le terrain : tu peux être payé de plusieurs cachets le même jour, mais un seul compte pour l’intermittence. Un rétroplanning qui étale les étapes rapporte donc plus d’heures qu’un rétroplanning compressé, pour le même budget.
Répétitions et résidence : les cachets qu’on oublie
Les répétitions, c’est le poste que tout le monde fait gratuitement. Le groupe se retrouve au local trois week-ends, personne n’est payé, et ces journées disparaissent de ton compteur.
Une répétition salariée et déclarée compte comme un cachet, donc 12 heures. L’Adami, dans ses conditions d’aide au spectacle, raisonne d’ailleurs en « services de répétitions (ou cachets journaliers) ». Autrement dit, pour les financeurs aussi, la répétition est du travail.
Deux cas fréquents :
- Répétitions avant le studio. Elles préparent l’enregistrement. Si ta structure les paie, attention au calendrier : l’Adami, par exemple, refuse dans ses dépenses d’enregistrement les répétitions antérieures de plus d’un mois à l’enregistrement. Garde-les proches des séances.
- Résidence avant la tournée. Un lieu t’accueille pour créer le live. Si la résidence est salariée, par ta structure ou par le lieu coproducteur, elle crée des cachets. Les dispositifs et candidatures sont recensés dans le guide des résidences artistiques.
Ce que je conseille : mets les répétitions dans ton budget de production, avec un nombre de jours précis. Ça coûte de la masse salariale, mais c’est du travail réel, déclaré, qui nourrit ton statut et celui de tes musiciens.
Le studio : des cachets payés par ton label
En studio, ton employeur est la structure qui produit le disque et possède le master. Le CNM le résume : tout artiste dont l’interprétation est enregistrée en vue de son exploitation est présumé salarié par la structure de production phonographique.
Ce qu’il faut retenir pour le montage :
- Convention collective de l’édition phonographique (CCNEP). Le salaire de l’artiste principal se calcule sur le minutage de musique enregistrée. Le musicien additionnel est payé selon le temps passé en studio et les minutes enregistrées.
- Pas de GUSO en studio. Le CNM est formel : impossible de passer par le GUSO pour embaucher des interprètes en enregistrement.
- Un cachet par jour compté. Si tu enregistres sur six jours, tu as six cachets qui comptent. Si tu concentres tout en trois jours, trois seulement.
Tous les détails sur l’employeur, le contrat d’artiste et le piège du mandat social sont dans produire son disque : qui paie le cachet. La conversion cachet en heures est expliquée dans 1 cachet = combien d’heures.
Le clip : un tournage qui se déclare aussi
Le clip est souvent tourné « entre amis », sans contrat. Erreur double : pas d’heures pour toi, et un risque juridique pour le producteur si une personne filmée conteste ensuite.
Si tu apparais dans le clip en tant qu’interprète, tu es salarié du producteur du clip, qui est très souvent ta propre structure. Les figurants et musiciens à l’image aussi. Ce tournage se budgète comme une journée de travail, avec ses cachets.
Bonus : un clip bien monté peut ouvrir des financements. Le CNM a une aide à la production de musique en images, réservée à une structure dont l’activité principale est la production phonographique ou l’édition musicale, et employeuse des artistes. On détaille toutes les aides dans les aides du producteur intermittent. Pour le tournage lui-même, les astuces sont dans faire un clip à petit budget.
Release party et tournée : qui t’emploie sur scène ?
Sur scène, l’employeur dépend de qui produit le concert. Trois montages couvrent presque tous les cas.
1. Une salle achète ton spectacle. Ta structure vend le concert (contrat de cession) et reste producteur du spectacle : c’est elle qui salarie les musiciens. Point de vigilance : au-delà de six représentations par an, elle doit faire une déclaration d’entrepreneur de spectacles vivants auprès du ministère de la Culture.
2. Un organisateur dont le spectacle n’est pas le métier. Un bar, une association, un comité des fêtes. Il peut t’embaucher directement via le GUSO, en une seule déclaration. Tout est dans le guide GUSO du musicien.
3. Ta structure organise elle-même la release party. Si le spectacle n’est pas son activité principale (un label dont l’activité est la production phonographique), le GUSO est en principe ouvert. Mais attention aux financeurs : l’Adami exige pour son aide Adami 365 une structure affiliée aux organismes sociaux, « GUSO proscrit ». Si tu montes des dossiers d’aide, fais employer tes musiciens directement par ta structure.
Une release party est aussi le moment idéal pour vendre tes disques physiques : prévois le pressage assez tôt pour avoir les exemplaires le soir J.
Exemple chiffré : le compteur d’un album de la répétition à la tournée
Paul, chanteur-guitariste intermittent, sort son deuxième album via son label, une SAS présidée par son associée. Voici ce que la sortie produit dans son compteur, sur dix mois.
| Étape | Jours travaillés et salariés | Cachets comptés | Heures (× 12) |
|---|---|---|---|
| Répétitions avant studio | 4 jours | 4 | 48 h |
| Séances studio | 6 jours | 6 | 72 h |
| Tournage du clip | 1 jour | 1 | 12 h |
| Résidence de création du live | 3 jours | 3 | 36 h |
| Release party | 1 soir (et une séance photo payée le même jour) | 1 | 12 h |
| Dates de tournée | 8 concerts sur 8 jours différents | 8 | 96 h |
| Total | 23 cachets | 276 heures |
Ce que montre l’exemple :
- 276 heures, c’est plus de la moitié des 507 heures sur douze mois, générées par son propre projet.
- Le jour de la release party, Paul a deux cachets payés (le concert et la séance photo promo), mais un seul compte.
- Tout est réel et déclaré. Aucun cachet fictif : si un contrôle tombe, chaque cachet correspond à une journée de travail documentée.
Le reste du compteur se complète avec ses dates habituelles, ses séances pour d’autres artistes et, si besoin, les sources listées dans les heures que les musiciens oublient de déclarer.
Les droits qui tombent après la sortie, et qui les collecte
Les cachets, c’est le court terme. Les droits, c’est ce qui reste quand la tournée est finie. Trois casquettes, trois circuits.
Ta structure, productrice du master.
- Les revenus de distribution (streaming, téléchargement, physique). Chez Muzisecur, la distribution est facturée 2 % de commission. Les options du marché sont comparées dans le comparatif de la distribution digitale.
- Les droits voisins du producteur (rémunération équitable, copie privée), collectés par la SCPP ou la SPPF au choix. Les adhésions : SCPP et SPPF.
- Le producteur finance aussi la fabrication du disque, notamment la SDRM pour la reproduction mécanique des œuvres, expliquée dans la collecte SDRM.
Toi, artiste-interprète.
- Les royalties prévues dans ton contrat d’artiste (la rémunération proportionnelle sur l’exploitation).
- Les droits voisins d’artiste, via l’Adami pour les artistes principaux et la Spedidam pour les musiciens additionnels. Ce qu’ils changent pour ton allocation : droits voisins et indemnisation.
Toi, auteur-compositeur.
- Les droits d’auteur collectés par la Sacem, à déclarer correctement vis-à-vis de France Travail : tout est dans droits d’auteur Sacem et ARE.
Un détail qui conditionne tout ce circuit : chaque titre doit avoir son code ISRC bien renseigné, sinon une partie de l’argent ne te retrouve jamais. Voir le guide du code ISRC.
Tu prépares ta prochaine sortie ?
Réserve un appel découverte gratuit avec l’équipe Muzisecur. On construit avec toi le rétroplanning de la sortie, les cachets à prévoir, les aides à déposer à temps et les adhésions pour que chaque droit soit collecté.
Réserver mon diagnostic gratuit →FAQ : sortir un album en étant intermittent
Sortir un album peut-il m’aider à renouveler mon intermittence ?
Oui, à condition que chaque étape de travail artistique soit salariée et déclarée par un employeur : répétitions, séances studio, tournage du clip, résidence, concerts. Chaque cachet d’artiste vaut 12 heures au titre de l’annexe 10, et France Travail retient 507 heures sur 12 mois, soit 43 cachets. Un album bien monté peut représenter une part importante de ce compteur, sans jamais créer de cachet fictif.
Les répétitions de mon album peuvent-elles être payées en cachets ?
Oui, si elles sont réellement travaillées et rémunérées par un employeur, en général ta structure de production ou le producteur du spectacle. Une répétition salariée et déclarée compte comme un cachet, donc 12 heures. Une répétition informelle au local, non payée, ne compte pas. Planifie les répétitions comme un poste du budget, pas comme un service gratuit.
Qui m’emploie sur la release party de mon album ?
Ça dépend de qui produit le concert. Si une salle achète ton spectacle, c’est ta structure, productrice du spectacle, qui t’emploie, et elle doit faire une déclaration d’entrepreneur de spectacles au-delà de six représentations par an. Si c’est un bar ou une association dont ce n’est pas l’activité principale qui organise, il peut t’embaucher directement via le GUSO.
Mon label peut-il utiliser le GUSO pour la release party ?
Le GUSO vise les structures dont le spectacle vivant n’est pas l’activité principale, et il ne couvre jamais l’enregistrement. Certains financeurs l’excluent toutefois : l’Adami exige par exemple, pour son aide Adami 365, une structure affiliée aux organismes sociaux, GUSO proscrit. Si tu vises des aides, fais employer tes musiciens directement par ta structure.
Plusieurs cachets le même jour comptent-ils double ?
Non. Tu peux être payé de plusieurs cachets le même jour, par exemple une séance studio le matin et un concert le soir, mais un seul cachet est compté pour l’intermittence ce jour-là. C’est pour ça qu’un bon montage d’album étale les étapes sur des jours différents.
Quels droits mon album génère-t-il après la sortie ?
Trois familles. Côté producteur : les revenus de distribution et les droits voisins du producteur, collectés par la SCPP ou la SPPF. Côté artiste-interprète : les royalties prévues au contrat d’artiste et les droits voisins de l’Adami ou de la Spedidam. Côté auteur-compositeur : les droits d’auteur de la Sacem, et la SDRM pour la reproduction mécanique.
Faut-il déclarer mes droits d’auteur et droits voisins à France Travail ?
Ce ne sont pas des salaires et ils ne créent aucune heure pour tes 507 heures. Leur traitement vis-à-vis de ton allocation obéit à des règles propres, détaillées dans nos articles dédiés aux droits d’auteur Sacem et aux droits voisins Adami et Spedidam face à l’indemnisation. En cas de doute sur ta situation, demande à ton conseiller France Travail.
Cet article donne des règles générales, sourcées auprès du CNM, de France Travail, de l’Adami et du ministère de la Culture. Les conditions des financeurs évoluent : vérifie toujours la version en vigueur avant de déposer un dossier.
Sources officielles
- CNM, fiche « Premiers pas : musique enregistrée » : salariat des interprètes, CCNEP, GUSO exclu en enregistrement, SCPP et SPPF, SDRM.
- France Travail, guide des primo-entrants du spectacle : 507 heures sur 12 mois, 43 cachets.
- Adami, conditions de l’aide au projet musical global Adami 365 (mai 2026) : GUSO proscrit, répétitions, emploi direct des artistes.
- Ministère de la Culture, plateforme des entrepreneurs de spectacles vivants : déclaration au-delà de six représentations par an.
- CNM, aide à la production de musique en images : conditions du soutien aux clips.
Informations vérifiées au 15 octobre 2026.
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